ARTELOGIE IX
(JUIN 2016)
SOMMAIRE

Artelogie > Numéro 9 > Construction discursive de l’identité nationale colombienne

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Construction discursive de l’identité nationale colombienne

Juan Pablo Prieto

Docteur en Sciences du langage de l’Université de Nantes, prietoguzmanjuanpablo@yahoo.fr]

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Mots-clés : identité nationale, Constitution colombienne, interdiscursivité, Colombie.

Résumé : Les représentations individuelles et collectives des acteurs sociaux se construisent en tant que phénomènes discursifs. J’étudie des représentations identitaires issues de la Constitution colombienne de 1991, d’un manuel scolaire des sciences sociales et d’un groupe d’élèves de terminale appartenant à un lycée public en Colombie. Je rends compte des représentations et des valeurs autour de l’identité nationale colombienne selon une perspective interdiscursive : le discours institutionnel influence le discours pédagogique et, par voie de conséquence, celui des élèves. Le premier est un « discours constituant ». Le deuxième est un vecteur de transmission des représentations véhiculées par le premier.


Pour citer l'article:

Juan Pablo Prieto - « Construction discursive de l’identité nationale colombienne », in Artelogie, n° 9, Juin 2016.

URL: http://cral.in2p3.fr/artelogie/spip.php?article428

Introduction

Ma perspective est celle d’une sémantique historique, lexicale et argumentative. Elle est conforme à l’Analyse Linguistique du Discours (ALD) propre au modèle de la Sémantique des Possibles Argumentatifs (SPA) (Galatanu 2004, 2009) [1]. J’ai intégré à ce modèle la dimension du phénomène d’incidence interdiscursive. Ma recherche concerne la question de l’identitaire. Ici, je rends compte de la construction discursive de l’identité nationale en Colombie [2].

Contextualisation de la Constitution politique de 1991

Avoir une idée sur l’ambiance politique et sociale dans laquelle a été adoptée la Constitution de 1991, ainsi que sur l’identité des acteurs sociaux qui ont participé à sa rédaction, est important pour comprendre la construction discursive de l’identité nationale. La Constitution est une parole, à la fois constituante et édifiante, qui véhicule des valeurs et des représentations d’autres discours constituants [3]. Ces derniers « mettent en œuvre une même fonction dans la production symbolique d’une société […] » (Maingueneau et Cossutta 1995 : 112). Cette production associe trois éléments fondateurs : (i) « la fondation dans et par le discours » [« source », « principe », « commandement », « pouvoir »] ; (ii) « la détermination d’un lieu associé à un corps d’énonciateurs consacrés » [« le siège de l’autorité »] ; (iii) « l’élaboration de la mémoire » [« les archives publiques »] (Maingueneau et Cossutta 1995 : 113).

Plusieurs dimensions de l’activité langagière convergent dans cette association : (i) l’acte propositionnel, le contenu propositionnel et la formulation de règles et de valeurs, (ii) l’agent institutionnel et les acteurs sociaux qui la composent, (iii) la situation d’énonciation, le contexte historique et le but de l’acte propositionnel. Ces dimensions sont inscrites dans la Constitution – qui est le produit final de tout le processus d’énonciation –, ainsi que dans la Gazette constitutionnelle, la Session plénière, les sessions des différentes commissions de l’Assemblée nationale constituante (ANC), la Session Commission codificatrice (rédaction des articles de la Constitution). De même, la presse, les commentaires des juristes, les écrits scientifiques, les manuels scolaires participent à la construction de la mémoire collective de la période de la Constituante de 1991 : « La presse n’est pas productrice d’idéologie, elle n’est que l’instrument de diffusion sous une forme dégradée d’idéologies pensées ailleurs ; elle n’a finalement qu’une seule fonction, assurer la production ininterrompue […] de la diffusion d’un sens commun » (Schepens 2006 : §32).

La Constitution ontologise des systèmes de valeurs et de représentations. Elle détermine le mode de fonctionnement de la société et des organismes qui la régissent : « Les discours constituants prétendent délimiter en effet le lieu commun de la collectivité, l’espace qui englobe l’infinité des “lieux communs” qui y circulent. » (Maingueneau et Cossutta 1995 : 113). Selon ces auteurs, l’analyse de la constitution d’un discours constituant implique qu’il faut montrer « la connexité de l’intradiscursif et de l’extradiscursif », c’est-à-dire l’« intrication d’une représentation du monde et d’une activité énonciative ».

Dans ce sens, les représentations du climat politique, économique et social – qui ont motivé la convocation de l’ANC, la création d’une nouvelle charte et son adoption en 1991 – sont intriquées aux systèmes de valeurs et de représentations que le texte constitutionnel établit et véhicule sous forme de droits et d’obligations. Cette intrication est l’effet de l’activité énonciative des acteurs sociaux ayant participé directement (c’est le cas des constituants) et indirectement (par suffrage, par la proposition des thématiques, des projets) à la convocation de l’ANC et aux débats au sein de celle-ci. Ces différentes dimensions sont des parties prenantes du discours de l’ANC. L’intrication entre les climats politique, social, économique et le système de régulation de la nouvelle charte a été envisagée comme une véritable corrélation : le passage vers une nouvelle charte était censé entraîner le passage vers une nouvelle société. De sorte que le système de régulation de la nouvelle Charte et le système de valeurs de la société colombienne pouvaient être considérés comme un système unique. Un changement dans la Charte entraînerait un changement dans la société. Les changements effectués dans la Constitution auraient dû permettre l’« entendement » et la « réconciliation nationale » et donc « la paix » (Jiménez 2006 : 136). Mais le système de valeurs des parties prenantes d’une société ne répond pas à une mécanique d’intrication. Une modification des valeurs au niveau des règles du jeu n’implique pas une modification au niveau des valeurs de l’ensemble des joueurs.

Selon Hurtado (2006 : 97-98), dans les années précédant la nouvelle Constitution, les indices de violence politique avaient augmenté. En 1980, il y a eu 177 cas de morts pour des raisons politiques. En 1988, le nombre avait atteint 4.304 cas. Cette violence n’a pas été la conséquence d’affrontements entre les Partis libéral et conservateur. Cette fois, elle a été le résultat d’un conflit armé entre les guérillas et l’État. Durant le gouvernement de Virgilio Barco une guerre officielle contre la guérilla et le trafic de drogue a été déclarée. Ainsi qu’une troisième guerre non officielle appelée « guerre sale ». L’assassinat de quatre candidats à la présidence (Luis Carlos Galán, Jaime Pardo Leal, Bernardo Jaramillo et Carlos Pizarro) a donné lieu à la convocation de l’ANC (El Universal 2011 : §1). Le gouvernement de Barco (1986-1990), le mouvement d’étudiants « Séptima papeleta », des communautés indigènes et le groupe guérillero M-19 – démobilisé en 1990 après seize ans d’activité – ont promu l’idée d’une constituante (Hurtado 2006 : 99). C’est donc dans un climat de violence et de crise institutionnelle que l’ANC a été créée.

La nouvelle Charte est le résultat d’un processus démocratique dans lequel des questions de l’ordre de l’économique et du social, entre autres, ont été abordées. Cette Constitution a favorisé l’inclusion des partis politiques non traditionnels et de la société civile dans les espaces de décisions politiques (Jiménez 2006 : 135). Cette réforme visait la construction d’un État démocratique et pluraliste, ainsi qu’une société civile participative, démocratique et pacifique (Jiménez 2006 : 136). D’après Jiménez, les idées sur la démocratie participative et sur le renforcement de la paix sont devenues les deux nouvelles valeurs du projet social en formation. La mise en scène de ces deux grands systèmes de valeurs a permis la convergence des diverses forces sociales et politiques allant des tendances progressistes jusqu’aux tendances les plus conservatrices. Selon Jiménez (2006 : 143), le gouvernement en place a réussi à déterminer beaucoup d’éléments discutés dans l’ANC, alors qu’il ne devait pas intervenir dans ce processus. L’activité énonciative du gouvernement de Gaviria aurait fortement influencé/orienté la production discursive de l’ANC :

« Le projet de réforme constitutionnelle, élaboré par un cercle hermétique d’intellectuels du gouvernement, a réussi à remplir de contenu le champ discursif qui orientait le processus de la constituante. Ce projet a été orienté essentiellement vers deux objectifs : l’exaltation de l’individu libéral comme le sujet du processus démocratique, et la configuration d’un mode de régulation en accord avec les nouvelles structures du capitalisme. [4] » (Jiménez 2006 : 147).

Au contraire, Hurtado pense que la réforme de 1991 a été réellement démocratique et n’a pas été un instrument du gouvernement pour faire passer ses politiques économiques :

« La réforme constitutionnelle de 1991 peut être vue comme le résultat d’un processus particulièrement démocratique, si on le compare avec d’autres pays de l’Amérique latine et avec d’autres épisodes de l’histoire nationale. […] l’Assemblée nationale constituante (ANC) en Colombie n’a pas été une ruse venant de l’exécutif pour approuver sa réélection et/ou pour mettre en œuvre des ajustements économiques […] La Constitution de 1991 a été un processus ouvert dans lequel aucun groupe politique n’a prévalu (Dugas 1993 : 45-76, Cepeda 1993 : viii-xx), […] » (Hurtado 2006 : 97).

Mon but n’est pas d’éclairer ces faits politiques. Je présente une brève description du paysage politico-social qui a motivé l’univers énonciatif de la Constitution de 1991. Ceci à fin de faire comprendre que la complexité de l’interdiscursivité tient à l’incidence et à la convergence de plusieurs types de discours dans la construction de nouvelles représentations. Les nouvelles valeurs que véhicule la Constitution actuelle proviennent de l’interaction de plusieurs discours. Les valeurs véhiculées par les différents secteurs politiques et sociaux auxquels appartenaient les constituants – les acteurs sociaux directement impliqués dans les débats – se confondent dans l’interdiscours. Il est difficile de reconnaître par la simple analyse du texte constitutionnel les différentes propositions faites par les différents groupes politiques. Mais des rapports sur les discussions des différentes commissions de l’ANC peuvent être consultés en Colombie, par exemple dans la Gaceta constitucional [5].

Selon le journal El Universal, l’ANC a été composée de soixante-dix constituants dont vingt-cinq appartenaient au Partido liberal, dix-neuf à la Alianza democrática M-19, onze au Movimiento de salvación nacional, neuf au Partido social conservador, deux à la Unión cristiana et deux aux mouvements indigènes. Ils ont tous été élus par vote populaire. L’Assemblée a été présidée par Horacio Serpa (Partido liberal), Antonio Navarro Wolf (Alianza democrática M-19) et Alvaro Gómez Hurtado (Movimiento de salvación nacional). Ce sont les trois partis politiques dont le nombre de membres était majoritaire. Gómez Hurtado avait été kidnappé par le groupe guérillero M-19 pendant 6 jours en 1988. Trois ans après sa séquestration, il a occupé un siège à l’ANC auprès de ses anciens ravisseurs, lesquels au moment de l’Assemblée avaient déjà déposé les armes. L’« esprit de réconciliation » entre certains acteurs du conflit politique et armé faisait donc partie de l’ANC (El Universal 2011 : §5). Cependant, les principaux acteurs du conflit comme les FARC [6], le ELN [7] et les groupes paramilitaires ont été absents de la discussion (Hurtado 2006 : 97).

En outre, la participation des indigènes dans l’ANC a été importante pour la construction discursive de l’identité nationale. Depuis l’invasion de l’Amérique, les populations indigènes colombiennes avaient été marginalisées de la vie politique. Mais, en 1991, elles sont devenues des protagonistes de la scène politique à travers leur participation à la réforme constitutionnelle. Ces populations ont été représentées par les indigènes Lorenzo Muelas (originaire de Guambía) et Francisco Rojas Birry (de la communauté embera-wanuna). Ils ont présenté les thématiques proposées par leurs communautés. Leurs apports ont été fondamentaux pour la reconnaissance de la Colombie comme pays « pluriethnique » et « pluriculturel » (Duplat 2007 : 131).

Compte tenu de ce qui précède, la Cour constitutionnelle de Colombie, à travers ses décisions judiciaires, a conçu et modelé des identités individuelles, collectives et « communautaires » (Ramirez 2007 : 130). Selon Uprimny (s.d.). La Constitution de 1886 définissait la Colombie comme république unitaire et signalait que la religion catholique était un élément essentiel de l’ordre social. On acceptait uniquement des pratiques et des cultes chrétiens. En revanche, la Constitution de 1991 proclame que la Colombie est une république pluraliste qui reconnaît l’autonomie des entités territoriales et qui protège les diversités ethniques et culturelles en tant que principes de la nation colombienne. À travers ces valeurs, l’ANC a introduit l’un des changements les plus importants de la Constitution : d’un centre de pouvoir représenté par la capitale (Bogotá) et de l’imposition des valeurs homogènes comme la religion catholique, nous sommes passés à la tentative d’une élaboration collective de l’identité nationale. Ceci à partir de la reconnaissance de notre diversité culturelle, ethnique et régionale (Uprimny s.d. : 1). Ramírez (2007) a repéré des articles de la Constitution qui reconnaissent « la variété multiethnique et pluraliste de l’État colombien ». Les représentations de la diversité ethnique et pluraliste sont dispersées tout au long de « l’ethno-constitution de 1991 ».

Les enjeux qui ont entouré la réforme constitutionnelle sont en réalité très complexes. Mon intention a été de contextualiser la Charte au sein d’un espace historique et de l’associer à la situation sociale dans laquelle cet objet linguistique a été produit.

L’identité dans la Charte politique colombienne

Le mot identidad(identité) est mobilisé dans six articles de la Constitution : (68), (70), (72), (120), (310), (55 transitoire). L’article 68 garantit le droit aux groupes ethniques à une éducation respectueuse de leur identité culturelle :

(001) « Las [personas] integrantes de los grupos étnicos tendrán derecho a una formación que respete y desarrolle su identidad cultural. » (Les personnes membres des groupes ethniques auront droit à une formation qui respecte et développe leur identité culturelle.) (art. 68.)

Ici, le mot identidad est lié, comme dans les articles 310 et 55, aux valeurs de la signification du mot culture’ : (i) identidad cultural (identité culturelle). Dans ces trois articles, l’identité concerne la culture des groupes ethniques. Elle ne fait pas référence à la culture de la « société majoritaire sans appartenance ethnique ». Dans les articles 70 et 72, le mot identidad est lié à la signification du mot nation : (ii) ‘identidad nacional’ (identité nationale). Dans le contexte sémantique, cette association est mise en corrélation avec la culture. Cette fois, la culture concerne celle de « tous les Colombiens dans ses diverses manifestations ». Actuellement, cette valeur identitaire est le fondement de la nationalité en Colombie. Cependant, le texte constitutionnel ne définit pas très clairement ce que l’on doit comprendre par identité nationale. Il existe une certaine ambiguïté. En fait, les associations identité culturelle de la nation et identités culturelles des communautés ethniques laissent entendre que la notion d’identité nationale est construite sur deux horizons. Elle rassemble, d’un côté, l’identité culturelle de la nation ou celle de tous les Colombiens et, d’un autre côté, les identités culturelles des différents groupes ethniques. Le terme ‘communauté’ n’est utilisé que lorsque l’on veut faire référence aux groupes ethniques minoritaires. Le texte construit donc deux entités. D’une part, une société majoritaire (les Colombiens) et, d’autre part, des groupes ethniques minoritaires (reconnus par la société majoritaire). En effet, dans l’article 70, l’État reconnaît l’égalité et la dignité de toutes les cultures qui cohabitent dans le pays. Il reste à savoir quels sont les repères identitaires (en termes d’origine ethnique) des personnes qui composent la « société majoritaire ». En outre, dans l’article 72, l’énoncé identité nationale est associé aux énoncés patrimoine culturel, patrimoine archéologique et biens culturels de la Nation. Une dernière occurrence (‘identité des personnes’), dans l’article 120, se rapporte à la personnalité ou fiction juridique.

En 1991, les populations amérindiennes étaient organisées en tan que communautés. Ceci les a permis de participer à l’ANC. Cette participation a garanti leur reconnaissance dans la Charte au moyen de l’énoncé ‘grupos étnicos’ (groupes ethniques) (001, article 68). Par la suite, ce stéréotype linguistique concernera aussi les populations noires. À cette époque, celles-ci étaient encore invisibles. C’est-à-dire qu’elles étaient confondues dans la catégorie ‘mestizo’ (métis) conformément à l’ancien projet d’identité nationale unitaire. En effet, ces populations n’ont pas pu participer à l’ANC, car elles n’étaient pas organisées sous forme de communautés. Afin d’être reconnues aussi dans la Constitution, elles feront des alliances politiques avec les constituants des communautés indigènes. L’expression ‘comunidades negras’ (communautés noires) sera incorporée dans la Constitution de 1991. Il est de même pour l’expression ‘comunidades raizales’ (communautés créoles). C’est une première dans l’histoire colombienne. Les communautés noires seront reconnues officiellement en 1993 par la loi 70 ou Ley de negritudes (Loi des négritudes). Cette loi réglemente la démarcation et la certification des territoires collectifs habités traditionnellement par ces communautés (DANE [8] 2010 : 7) qui ont été appelées « afrocolombianas » (afrocolombiennes) ou « afrodescendientes » (afrodescendantes). En 1999, la représentation du stéréotype ‘grupos étnicos’ (groupes ethniques) évoluera à nouveau, car la Direction générale d’ethnies du ministère de l’Intérieur et de la Justice émettra la résolution N°022 qui reconnaît la population « Rom ou gitane » en tant que « groupe ethnique colombien ». Actuellement, le stéréotype identitaire groupes ethniques fait donc référence aux trois communautés mentionnées. À travers celui-ci, on reconnaît comme différentes de la « société majoritaire colombienne », les communautés indigènes, la communauté de Palenqueros de San Basilio, la communauté créole de l’Archipel de San Andrés et la communauté rom ou gitane. Quant aux mots ‘afrocolombiano’ (afrocolombien) et ‘afrodescendiente’ (afrodescendant), je n’en ai trouvé aucune occurrence dans la Constitution. La représentation ‘comunidades negras’ apparaît 1 seule fois dans l’article 55, où l’on ordonne la création de la Loi des négritudes. Cette représentation est mise en corrélation avec l’énoncé ‘identidad cultural’ (identité culturelle) : identidad cultural DONC comunidades negras’ (‘identité culturelle DONC ‘communautés noires’).

Dans le même ordre d’idées, je n’ai constaté aucune occurrence du mot ‘rom’ (Rom) ou ‘gitano’ (Gitan) dans la Charte. Par contre, le mot ‘indígena’ (indigène) compte 19 occurrences :

l.Déploiement ArgumentatifTraduction
1 « Los miembros de los pueblos indígenas que comparten territorios fronterizos, » (art. 96). (Les membres des peuples indigènes qui partagent des territoires frontaliers).
2 « […] senadores elegidos en circunscripción nacional especial por comunidades indígenas  » (art. 171). ([…] sénateurs élus en circonscription nationale spéciale par des communautés indigènes).
3 « […] la elección de senadores por las comunidades indígenas  » (art. 171). (l’élection de sénateurs par les communautés indigènes).
4 « Los representantes de las comunidades indígenas que aspiren a integrar el Senado de la República, deberán haber ejercido un cargo de autoridad tradicional en su respectiva comunidad o haber sido líder de una organización indígena, » (art. 171). (Les représentants des communautés indigènes qui aspirent à intégrer le sénat de la République doivent avoir exercé un poste d’autorité traditionnel dans leur communauté respective ou avoir été élu dans une organisation indigène,).
5 « Las autoridades de los pueblos indígenas podrán ejercer funciones jurisdiccionales dentro de su ámbito territorial, » (art. 246). (Les autorités des peuples indigènes pourront exercer des fonctions juridictionnelles dans leur milieu territorial).
6 « Son entidades territoriales los departamentos, los distritos, los municipios y los territorios indígenas. » (art. 286). (Les départements, les districts, les communes et les territoires indigènes sont des entités territoriales).
7 « Las provincias se constituyen con municipios o territorios indígenas circunvecinos, » (art. 321). (Les provinces se composent de communes ou territoires indigènes circonvoisins).
8 « La conformación de las entidades territoriales indígenas  » (art. 329). (La conformation des entités territoriales indigènes).
9 « […] los representantes de las comunidades indígenas, » (art. 329). ([…] les représentants des communautés indigènes,).
10 « […] un territorio indígena que comprenda el territorio de dos o más departamentos, su administración se hará por los consejos indígenas en coordinación con los gobernadores » (art. 329). ([…] un territoire indigène qui comprend le territoire de deux ou plusieurs départements, sera administrée par les conseils indigènes en coordination avec les gouverneurs).
11 « […] los territorios indígenas estarán gobernados por consejos conformados y reglamentados según los usos y costumbres de sus comunidades » (art. 330). ([…] les territoires indigènes seront gouvernés par des conseils formés et réglementés selon les us et coutumes de leurs communautés).
12 « La explotación de los recursos naturales en los territorios indígenas se hará sin desmedro de la integridad cultural, social y económica de las comunidades indígenas. » (art. 330). (L’exploitation des ressources naturelles dans les territoires indigènes se fera tout en maintenant l’intégrité culturelle, sociale et économique des communautés indigènes.).
13 « […] serán beneficiarias las entidades territoriales indígenas, una vez constituidas. » (art. 356). ([…] seront bénéficiaires les entités territoriales indigènes, une fois constituées.)
14 « […] la ley establecerá como beneficiarios a los resguardos indígenas, siempre y cuando estos no se hayan constituido en entidad territorial indígena. » (art. 356). ([…] la loi établira comme bénéficiaires les réserves indigènes, à condition que celles-ci ne se soient pas constituées en entité territoriale indigène.).
15 « […] el Gobierno podrá dictar las normas fiscales necesarias y las demás relativas al funcionamiento de los territorios indígenas y su coordinación con las demás entidades territoriales. » (art. 56 transitorio). ([…] le gouvernement pourra dicter les normes fiscales nécessaires et les autres normes relatives au fonctionnement des territoires indigènes et leur coordination avec les autres entités territoriales.).

Tableau 1 : Occurrences du mot ‘indígena’ (indigène) dans la Constitution.

Ce tableau montre sept formes linguistiques qui sont directement associées au mot ‘indígena’ (indigène). Il s’agit des mots ‘pueblos’ (peuples) (2 fois : l. 1, 5) ; ‘comunidades’ (communautés) (7 fois : l. 1, 2, 3, 4, 9, 11, 12) ; ‘organización’ (organisation) (1 fois : l. 4) ; ‘territorios’ (territoires) (6 fois : l. 6, 7, 10, 11, 12, 15) ; ‘consejos’ (conseils) (2 fois : l. 10, 11) ; ‘entidades territoriales’ (entités territoriales) (4 fois : l. 6, 8, 13, 14) ; ‘resguardos’ (réserves) (1 fois : l. 14).

L’identité nationale est associée aux biens culturels, au patrimoine archéologique et aux différentes formes que la culture acquiert en Colombie comme conséquence de la diversité ethnique. Cette construction identitaire est soutenue par les lois qui visent l’organisation de l’identité territoriale et économique. Ainsi que par le système éducatif : l’enseignement scientifique, technique, artistique et professionnel donne accès à la culture. Par conséquent, il permet la création de l’identité nationale (voir article 70).

L’incidence du discours indigéniste

En Colombie, la construction de l’identité nationale passe par la déconstruction de l’identité métisse comme projet de nation. Il ne s’agit plus, comme au XIXe siècle, d’assimiler les indigènes à la « société métisse » – dont font partie la plupart des Colombiens [9] – par un processus de civilisation de leurs peuples [10]. La création d’une identité nationale unitaire a échoué à cause de la complexité géographique et de la diversité ethnique et culturelle du pays. L’ANC de 1991 a réévalué cette conception de la nation. Aujourd’hui, la pluralité ethnique et la multiculturalité constituent les valeurs fondamentales de l’identité colombienne. Le nouveau projet vise la reconnaissance des différentes identités culturelles du pays (figure 1). Cependant, la population noire n’a pas été représentée par l’un de ses membres. Et des 70 constituants qui ont participé à l’ANC, seulement deux étaient issus des populations indigènes. Malgré cette réalité, la formation de l’identité nationale « pluriethnique » et « pluriculturelle » naît du discours indigéniste : « l’émergence de l’indianisme comme alternative à l’indigénisme officiel » (Fernández s.d. : §13).

Cette figure explicite les représentations associées au mot ‘indígena’ dans le tableau 1. Ce mot est déontologisé dans la Constitution à travers les stéréotypes identitaires ‘pueblos’ (peuples), ‘comunidades’ (communautés), ‘organización’ (organisation), ‘territorios’ (territoires), ‘consejos’ (conseils), ‘entidades territoriales’ (entités territoriales) et ‘resguardos’ (réserves). La lexie ‘comunidades’ (communautés) est la seule à être associée aussi à d’autres groupes de la société colombienne dans la Constitution : comunidades negras’ (communautés noires) (1 occurrence) et comunidades raizales [11]’ (communautés créoles [12]) (1 occurrence).

L’incidence du discours constituant indigéniste sur le discours constituant de l’ANC est transparente. Il s’agit d’un discours identitaire qui prend la forme d’un processus politique de reconnaissance de l’identité du peuple indigène et, par voie de conséquence, du peuple noir face au projet de la nation métisse. Les valeurs identitaires de la nation unitaire, égalitaire, homogène, sont interverties. C’est-à-dire que la nouvelle Charte promeut la pluralité des peuples et que cette valeur identitaire – du nouveau projet de nation – n’est pas conforme au protocole sémantique du terme ‘État-nation’, lequel incorpore tous les citoyens dans un même socle ethnique et culturel et ne tient pas compte de la notion de diversité. Le contenu identitaire de la nation métisse égalitaire a changé vers un contenu qui met en relief la différence. On passe du discours de l’égalité à celui de la différence (Castillo 2005 : 337). Les valeurs véhiculées par l’indianisme sont la reconnaissance, la défense et l’acceptation de la diversité, de la différence et de l’hétérogénéité. Ce discours intègre surtout la valeur du « droit à l’autodétermination des peuples » dans la construction de l’État-nation :

« Les dimensions ethnique et civilisatrice de la question indienne acquièrent une importance fondamentale dans cette perspective qui conçoit les sociétés latino-américaines comme des sociétés pluriethniques, plurilingues et plurinationales. Ces dimensions défendent l’autodétermination des peuples indiens et remettent en question la conception de l’État-nation. Elles dénoncent la situation coloniale que subissent les peuples indiens et proposent, en même temps, une redéfinition des identités nationales. » (Fernández s.d. : §13).

L’indigénisme doit ses origines aux valeurs éthiques et morales du système religieux catholique. En effet, la valeur de la « piété » a été convoquée en tant que devoir chrétien durant la période coloniale pour défendre les indiens contre les injustices du régime d’oppression. Mais cette forme de défense ou d’indigénisme soutenait, en même temps, le discours raciste. De sorte que l’identité de l’indien était construite à partir des valeurs négatives : le discours raciste en s’appuyant sur le positivisme darwinien a convoqué les valeurs objectivantes de la biologie pour représenter l’indien comme un individu avec des « facultés limitées » (Fernández s.d. : §15). En fait, le processus de construction de l’identité indigène est de nature axiologique :

« La façon d’aborder la problématique des peuples indiens de la part de la société dominante a passé par différentes phases étroitement en relation avec les valeurs et les stratégies de ladite société dans chacune de ses étapes historiques : “Né comme une attitude morale et humanitaire au moment même où on a imposé aux indiens le statut de peuple vaincu et de subordonnés, l’indigénisme a évolué jusqu’à devenir un mouvement de revendication, une demande constante de justice et d’égalité pour les peuples indiens, et une proposition pour la constitution de sociétés pluriculturelles” (Instituto Indigenista Interamericano, ‘‘política indigenista’’ (1991-1995), In América Indígena, (vol.L.), 1991, p. 63. » (Cité par Fernández s.d. : §14).

Aujourd’hui, l’indigénisme est un mouvement politique. Il s’occupe de la question de l’identité de l’indien et de sa place dans la société moderne. Cette problématique a exigé des institutions la redéfinition du mot ‘indigène’. Ce mot est chargé des valeurs politiques, juridiques, idéologiques et territoriales. Dans le cas de la Colombie, le DANE a proposé la définition suivante :

« Indigène : personne d’origine amérindienne ayant des caractéristiques culturelles qui sont reconnues comme propres à son groupe, qui la rendent singulier et la distinguent d’autres groupes, indépendamment du fait que cette personne habite la campagne ou la ville. » (DANE 2010 : 46).

En 1940, le premier Congreso Indigenista Interamericano a défini l’indien à partir des critères économiques et sociaux  : « individu économiquement et socialement faible » (Fernández s.d. : §4). En 1949, le deuxième congrès proposera comme critère fondamental d’identification de l’indien « l’auto-identification » à partir des critères culturels et économiques. Plus tard, les critères socio-économiques occuperont une place beaucoup plus importante que le critère ethnique. Dans les années 1970, le critère « différences ethnico-culturelles » réapparaît avec les revendications des peuples indigènes. Actuellement, le critère « racial » est de moins en moins accepté à cause du fort métissage que présente la population. Le critère « linguistique » est accepté, mais il est critiqué. Il exclut les individus sachant parler uniquement le castillan, mais qui peuvent être identifiés à un groupe ethnique à partir du critère « d’auto-identification » (Fernández s.d. : §5).

Pour sa part, la construction de l’identité nationale colombienne s’appuie sur l’identification ethnique. Dans ce processus, le recensement de la population a été nécessaire : « De 1900 à 2010, on a réalisé 11 recensements dans la République colombienne, 9 d’entre eux ont servi pour enquêter sur la population indigène, 3 sur la population noire ou afrocolombienne et 1 sur la population rom ou gitane. » (DANE 2010 : 12). Ces recensements mobilisent des critères d’identification des groupes ethniques. Ces critères ont changé progressivement entre les XXe et XXIe siècles :

  • 1905 : aucun critère ;
  • 1912 : race ;
  • 1918 : traits physiques perçus par le recenseur ;
  • 1928 : aucun critère ;
  • 1938 : des questions et des associations de la part de l’interviewer sur le type de langue et sur la localisation rurale ;
  • 1951, 1964 et 1973 : un indigène est une personne appartenant à un groupe qui se caractérise par des traits culturels d’origine pré-hispanique et qui a développé sa propre économie de consommation dans des aires préalablement établies ;
  • 1985 : critère d’auto-reconnaissance et d’appartenance des personnes indigènes à un territoire spécifique de la communauté ou groupe ;
  • 1993 : auto-reconnaissance comme trait d’identité ; appartenance à un peuple indigène, ethnie ou communauté noire ;
  • 2005 : auto-reconnaissance culturelle (coutumes et traditions) ou par les traits physiques ; appartenance aux indigènes, aux roms, aux créoles de l’Archipel de SanAndrés, aux palenqueros de San Basilio, et aux afrocolombiens, noires, mulâtres ou afrodescendants. (DANE 2010 : 12).

Ces différents critères sont des stéréotypes linguistiques du mot ‘identidad’ qui sont associés à d’autres stéréotypes linguistiques de ce même mot dans le discours. Certains sont déployés de manière holiste dans différents segments du texte constitutionnel. En effet, la formation discursive de l’identité nationale (le thème) n’est pas construite par la seule unité lexicale ‘identidad’.

Le discours constituant de la Charte de 1991

Dans la Constitution colombienne, l’aspect encyclopédique des formes ‘cultural’ (art. 68, 310, 55) et ‘nacional’ (art. 70, 72) associent au mot ‘identidad’ deux mondes discursifs. Ainsi, le monde culturel et le monde national renforcent les valeurs identitaires des citoyens. D’une part, le mot ‘cultural’ est une catégorisation des classes d’objets pouvant être identifiés comme représentatifs de la culture. D’autre part, le mot ‘nacional’ est une catégorisation des classes d’objets pouvant être identifiés comme représentatifs de la nation. Chaque « représentation » (Meunier 2002) est donc constituée de classes d’objets. Les classes d’objets de ces deux représentations sont corrélées dans la Constitution colombienne : A, B, C sont des objets culturels donc A, B, C sont des objets nationaux et vice versa. A peut représenter, par exemple, les classes des objets pouvant former la catégorie (patrimoine culturel, patrimoine national, patrimoine économique, patrimoine archéologique, patrimoine public, patrimoine de l’État, patrimoine écologique) qui sont constitutives de l’identité nationale. La catégorie est subordonnée aux catégories et . Dans ce sens, ces représentations sont pensées comme des catégorisations. Ces catégorisations sont mises en interrelation. Elles sont associées les unes aux autres afin de construire des systèmes complexes de croyances. Les mondes culturel et national permettent donc à une personne de se situer dans son existence en tant qu’être social à partir des traits distinctifs communs à son groupe (la nation à laquelle elle appartient) qui les distinguent d’autres groupes (les autres nations du monde).

L’association du mot ‘identidad’ avec le mot ‘cultura’ via l’adjectif ‘cultural’ et avec le mot ‘nation’ via l’adjectif ‘nacional’, dans la Constitution, relève d’une manipulation des catégories : pour lier la catégorie identidad à celle de cultura et à celle de nación, « il faut avoir des classes perceptives que l’on peut manipuler par leurs catégories qui alors peuvent être réunies via leur contenu sémantique. » (Meunier 2002 : 14). En effet, des mots abstraits tels que culture, nation ou identité renvoient à des classes d’objets qui peuvent être perçus. Ces objets perçus constituent donc des classes perceptives qui permettent de comprendre l’objet de l’abstraction, c’est-à-dire ce que veut dire ‘identidad cultural’ ou ‘identidad nacional’. Ainsi, tout ce qui fait référence à la culture et à la nation dans l’intégralité du texte constitutionnel peut être considéré comme constitutif de l’identité. Les propriétés encyclopédiques du mot ‘cultura’ et du mot ‘nación’ contribuent à la formation discursive de l’identité nationale. Le tableau 2 montre les associations du mot ‘nación’ avec d’autres représentations dans la Constitution colombienne. Ces associations permettent d’identifier les classes d’objets qui configurent déontiquement l’identité colombienne :

DC : conjonction donc, elle indique le lien argumentatif entre le mot ‘nation’ et les représentations qui lui sont associées dans le discours.
Nation DC richesses culturelles et naturelles. (art. 7)
Nation DC entités territoriales et particulières. (art. 49)
Nation DC biens publics, parcs naturels, terres communales, groupes ethniques, réserves indiennes, patrimoine archéologique, biens déterminés par la loi. (art. 63)
Nation DC entités territoriales. (art. 67)
Nation DC culture dans ses diverses manifestations, nationalité, manifestations culturelles, les cultures du pays, diffusion des valeurs culturelles de la nation. (art. 70)
Nation DC patrimoine culturel, patrimoine archéologique, biens culturels, identité nationale. (art. 72)
Nation DC territoire, biens publics. (art. 102)
Nation DC trésor public, entités territoriales et décentralisées. (art. 128)
Nation DC indépendance, honneur, inviolabilité du territoire. (art. 189)
Nation DC défense militaire, Forces armées permanentes, l’Armée de terre, la Marine, l’Armée de l’air. (art. 217)
Nation DC Police nationale. (art. 218)
Nation DC eaux, territoires, espace aérien. (art. 237)
Nation DC fonds publics, biens publics, dette publique, entités territoriales. (art. 267)
Nation DC entités territoriales. (art. 288)
Nation DC communes. (art. 298, 305)
Nation DC recettes courantes. (art. 331)
Nation DC patrimoine culturel. (art. 333)
Nation DC départements, districts, communes, entités décentralisées. (art. 368)

Tableau 2 : Représentations associées au mot ‘nación’ dans la Constitution.

Dans le texte constitutionnel, le mot ‘cultura’ attribue aussi plusieurs traits alternatifs à l’identité nationale : ‘cultura indígena’ (culture indigène), ‘cultura raizal’ (culture créole), ‘cultura palenque’ (culture “palenque”), ‘cultura gitana’ (culture gitane), ‘cultura negra’ (culture des noirs), ‘valores culturales de la nación’ (valeurs culturelles de la nation), ‘patrimonio cultural’ (patrimoine culturel), ‘bienes culturales’ (biens culturels), ‘diversidad cultural entonces diversidad étnica’ (diversité culturelle donc diversité ethnique), ‘recursos culturales’ (ressources culturelles).

Le discours indigéniste face au discours raciste

Les représentations des citoyens ne sont pas toujours en accord avec celles véhiculées par le discours constituant de la Charte de 1991. Par exemple, j’ai constaté un cas de discrimination et de violence verbale dans un manuel scolaire. Le manuel est un discours pédagogique. Il vise la construction de représentations chez les élèves. L’intention de l’énonciateur est d’expliquer un phénomène social, de permettre aux élèves de comprendre une réalité à propos d’une thématique déterminée.

Les segments textuels que j’ai étudiés proviennent de la troisième partie du texte scolaire Viajeros (Melo : 2009), intitulée « Relaciones ético-políticas : sistema político colombiano » (Relations éthico-politiques : système politique colombien), et de l’unité 13, intitulée « Formación del Estado y la nación en Colombia » (formation de l’État et de la nation en Colombie) :

SegmentTraduction
La política, el Estado y la naciónEl Estado es el conjunto de instituciones que administran y gobiernan un territorio ; de habitantes que comparten algunas características culturales (que conforman una identidad nacional), tales como una lengua y un pasado común, y de símbolos, como un escudo, una bandera o una selección de fútbol.La nación está compuesta por una colectividad que tiene una identidad de grupo, y aunque la mayoría de veces comparte un territorio y unas instituciones, existen casos en los que las naciones no tienen un territorio y, por consiguiente, no pueden centralizar e institucionalizar un Gobierno, es decir, son una nación sin Estado, situación que viven los miembros de la comunidad judía y del pueblo de los gitanos. (Melo 2009 : p. 119). La politique, l’État et la nationL’État est l’ensemble des institutions qui administrent et gouvernent un territoire, l’ensemble des habitants qui partagent certaines caractéristiques culturelles (qui constituent une identité nationale), telles qu’une langue et un passé commun, et des symboles tels qu’un blason, un drapeau ou une équipe de football.La nation est composée d’une collectivité qui a une identité de groupe. Et même si dans la majorité des cas, elle partage un territoire et des institutions. Il existe des cas où les nations n’ont pas de territoire et, par conséquent, ne peuvent pas centraliser et institutionnaliser un gouvernement, c’est-à-dire que ce sont des nations sans État. Les membres de la communauté juive et du peuple des gitans vivent cette situation. (Melo 2009 : p. 119).

Tableau 3 : Extrait du manuel scolaire Viajeros (2009).

La valeur argumentative observée dans ce segment peut être représentée dans des associations externes de signification argumentative :

Ce segment est conforme aux valeurs véhiculées dans les articles 68, 310 et 55 de la Constitution. Mais ce discours démocratique, qui se trouve dans la page 119 de ce manuel, est précédé d’un discours raciste (page 118). Les deux discours sont mis en vis-à-vis :

Ce discours raciste contraste, notamment, avec l’énoncé 001 de la Constitution : « Les personnes membres des groupes ethniques auront droit à une formation qui respecte et développe leur identité culturelle.) (art. 68). Afin d’interpréter ce discours discriminatoire, je l’ai organisé selon l’« espace géographique » dans lequel sont mis en scène les personnages : le pont.

RAE : Diccionario de la Real Academia Española.
← Le pont →
Extrémité nord-ouest Extrémité sud-est
LES SCIENTIFIQUES Versus LES AUTOCHTONES
(i) scientifique. (Du lat. Scientifĭcus). 1. adj. Ce qui appartient ou ce qui est relatif à la science. 2. adj. Celui qui se consacre à une ou plusieurs sciences. 3. adj. Ce qui est en rapport avec les exigences de précision et d’objectivité propres à la méthodologie des sciences. (RAE.) « Relations éthico-politiques : système politique colombien » (ii) natif (autochtone). (Du lat. natīvus) 1. adj. Ce qui appartient ou ce qui est relatif au pays ou à l’endroit où qqn est né. (RAE.)(iii) tribu. 2. f. groupe social primitif partageant une même origine, réelle ou supposée, dont les membres ont souvent des us et coutumes en commun. (RAE.)(iv) cannibale. 1. adj. Anthropophage. 1. adj. Pour parler d’une personne : Qui mange de la chair humaine. 2. adj. Pour parler des sauvages des Antilles que l’on croyait anthropophages. 3. adj. Pour parler d’un homme : Cruel et féroce. 4. adj. Pour parler d’un animal : Qui mange la chair des autres animaux de sa propre espèce. (RAE.)

Tableau 5 : Association du discours raciste avec l’image visuelle du pont.

Dans le manuel (Illustration 1), le mot ‘científicos’ (scientifiques) est confronté au mot ‘nativos’ (autochthones [13]). Ce dernier est associé aux représentations linguistiques ‘tribu’ (tribu) et ‘caníbal’ (cannibale). L’intension du mot ‘scientifique’ (c’est-à-dire l’ensemble de ses propriétés sémantiques) donne une image positive des deux personnages, qui portent des blouses blanches de laboratoire, mis en scène dans l’illustration.

La définition du mot espagnol ‘nativo’ montre que son intension vise l’objectivation des contenus sémantiques. La lexie ‘tribu’ peut convoquer la représentation ‘primitif’. Cependant, la visée objectivante reste stable. Par contre, la lexie ‘cannibale’ attribue aux deux mots (‘nativo’ et ‘tribu’) des valeurs modales carrément négatives. Ce mécanisme discursif montre une intention d’occultation de la subjectivité de la part des auteurs du manuel. Il y a une discordance entre la subjectivation des contenus (par les valeurs négatives convoquées) et l’objectivation (par les formes linguistiques positivistes – connaissances scientifiques – mobilisées) (Galatanu 2000 : 92).

Le mouvement d’objectivation-subjectivation peut être étudié à partir de la signification du mot, inscrite dans les dictionnaires et dans le contexte sémantique et pragmatique de production de l’énoncé. Cette fonction discursive s’appelle « modalisation d’énoncé ». Elle concerne « l’inscription dans le discours de l’attitude du sujet communiquant à l’égard du contenu de son énoncé » (Galatanu 2002 : 20). Cette fonction peut être organisée sur une échelle graduelle :

(i) L’emploi du mot ‘scientifique convoque plusieurs valeurs modales (voir tableau 5) :

a. ‘science’ : valeur <épistémique> (elle est relative au savoir, à la connaissance) ; b. ‘profession’ : valeur (elle concerne le monde social et l’appréhension ou perception de ses normes et de ses règles), valeur (cette évaluation a rapport à un jugement positif au niveau de l’activité des deux personnages, leur activité est utile, efficace, importante), valeur (l’évaluation des préférences intellectuelles des deux personnages est considérée comme intéressante) ; c. ‘exigence’ : cette lexie convoque des valeurs et  ; d. ‘précision’ : valeurs <épistémiques> et  ; e. ‘objectivité’ : valeur <épistémique> ; f. ‘méthodologie’ : valeur .

(ii) L’emploie du mot ‘nativo’ (autochtone) convoque des valeurs objectivantes (voir tableau 5) :

a. ‘naître dans un pays’ : valeur (elle concerne le monde naturel tel qu’il est perçu et représenté dans et par la langue, ce qui est nécessaire) ; la valeur est aussi présente dans sa signification.

(iii) La lexie ‘tribu’ convoque des valeurs objectivantes (voir tableau 5) :

a. ‘groupe social’ : valeur  ; b. ‘primitif’ : la valeur <étique-morale> est activée de manière négative de par l’association avec le mot ‘cannibale’ (il s’agit d’une évaluation éthique négative portant sur le champ d’expérience humaine et sur la culture, l’évaluation fait appel à un stéréotype culturel négatif concernant les indigènes) ; c. ‘origine’ : cette représentation convoque une valeur , elle est donc objectivante ; d. ‘coutumes’ : la valeur objectivante est convoquée, mais la valeur <éthique-morale> de cette représentation est contaminée par la visée axiologique négative du mot ‘cannibale’.

(iv) En ce qui concerne la lexie ‘cannibale’, elle donne un caractère nettement négatif/dérisoire de la figure de l’indigène aux élèves (voir tableau 5) :

a. ‘anthropophage’, ‘mangeur de chair humaine’ : des valeurs axiologiques négatives sont activées, l’évaluation <éthique-morale négative> s’étend vers l’ensemble des individus reconnus comme indigènes, la valeur évalue négativement les attitudes des indigènes en les associant à un champ d’expérience qui n’est pas en accord avec la civilité, cette représentation renforce et confirme les valeurs négatives activées par la représentation ‘primitif’, la valeur convoquée par le manuel rend encore plus subjectivante l’évaluation portée sur les indigènes, elle concerne l’expérience psychologique ; b. ‘sauvage’ : des valeurs <éthiques-morales> et négatives sont associées aux autochtones ; c. ‘cruel’ : cette représentation convoque des valeurs <éthiques-morales> et négatives ; d. ‘féroce’ : valeurs <éthiques-morales>, et négatives, cette dernière implique un jugement au niveau de l’action qui est le fruit des pulsions et des désirs humains ; e. ‘animal’ : cette représentation renforce le caractère des valeurs « axiologiques » et « finalisantes ».

Les valeurs modales sont inscrites dans la signification du mot. Elles sont modalisées dans et par le discours et par la situation de l’énoncé.

Le mécanisme discursif que j’ai remarqué dans ce manuel répond à un processus d’aléthisation. Il s’agit d’un processus d’objectivation du discours. L’abstraction la plus forte est réalisée par le phénomène d’aléthisation, car les valeurs du « bien » et du « mal », étant aléthisées, acquièrent un statut de « lois naturelles ». C’est-à-dire que, dans ce cas, elles ne sont pas définies comme système de normes et de règles sociales (déontique) ni comme système de croyances religieuses (doxologique), mais comme nature humaine (aléthique). Ce processus d’aléthisation, dans le cas étudié, a des conséquences sur les représentations des élèves concernant le peuple indigène. De même, il contribue au niveau de l’identité nationale à la construction du « mythe de la nation violente [14] » :

« Psychiatrist José Socarrás suggested that ferocious, cannibalistic Indians, such as the Pijaos of Gran Tolima, left a strain of innate aggressiveness in their descendants that “naturally” caused them to tend toward violence. Sociologist Everett Hagen, in his short essay “The Necessity of Aggression in Colombia”, explored the same tendency, but called it a response learned over centuries of domestic violence. Historian Jaime Jaramillo Uribe found significance in the fact that the areas of strongest violence were those where Spanish colonial government had rested most lightly. The same argument was made in a slightly different way by Luis Duque Gómez, who found that theaters of Violencia coincided with areas of modern colonization. Demographic pressure was offered as a causal factor by both Bernardo Gaitán Mahecha and Germán Guzmán, and Luis López de Mesa wondered if the lack of protein in the diet of mountain dwellers was not an important component. » (Henderson 1942 : 9).

Le processus d’aléthisation montre l’intrication d’une représentation du monde (physique, social, politique, subjectif) et d’une activité énonciative. Selon le contexte étudié dans le manuel, ce processus peut jouer le rôle d’un mécanisme discursif ayant pour but la mise en œuvre d’un déterminisme social et culturel en évoquant un déterminisme héréditaire : la création de faits de mémoire collectifs façonne notre perception des événements médiatiques et, plus largement, du fait public (Calabresse-Steimberg 2010 : 4). Ce déterminisme peut subsister sous forme de significations linguistiques dans la pensée des individus et donc dans leurs projections sur l’avenir (les représentations collectives). Ces significations peuvent déterminer leurs représentations sur eux-mêmes et sur les autres et, par voie de conséquence, leurs actions. Cependant, un individu qui est, a priori, déterminé par le contexte socio-culturel et économique n’est pas nécessairement déterminé par ses croyances, ses désirs, ses pensées ou même ses actions passées. Il peut être en désaccord avec le système de valeurs et de représentations véhiculées dans le contexte de vie auquel il est déontiquement rattaché. Son environnement ne détermine pas sa nature. C’est le holisme sémantique (Pacherie 1997) qui structure sa cognition.

Tout compte fait, dans ce manuel de 2009, j’ai constaté une cohabitation entre le discours indigéniste non assimilationniste (indianisme) et le discours raciste. Au XIXe siècle, le discours indigéniste, en dépit de ses bonnes intentions, soutenait les idées racistes qui attribuaient à l’indien une nature inférieure. La cohabitation de ces deux discours dans ce manuel scolaire est donc l’héritage du discours raciste, eugéniste et indigéniste du XIXe siècle. À cette époque, la cohabitation de ces différentes représentations dans la société colombienne a donné comme résultat la création des castes comme fondement de l’identité nationale. En effet, l’identité de l’indigène était construite à partir de formes linguistiques monovalentes comportant des valeurs à visée négative : ‘barbaros’ (barbares), ‘primitivos’ (primitifs), ‘incultos’ (incultes), ‘perezosos’ (paresseux), ‘moralmente degradados’ (moralement dégradés) (Uribe 2005 : 227-241). Cette conception de l’identité nationale a retardé l’invention de la nation civique moderne (Almario 2005 : 804-809). Les traces du discours raciste dans ce manuel des sciences sociales montrent une lutte discursive entre deux systèmes de représentation, entre deux formations discursives en Colombie. L’identité nationale colombienne évolue de manière antinomique [15]. Il existe une tension entre les deux systèmes de valeurs identitaires.

Le discours des acteurs sociaux

J’ai recueilli au moyen d’un questionnaire le discours de 43 élèves. L’enquête a été réalisée au sein d’un lycée public en Colombie, dans la ville de Ibagué située dans le département du Tolima. Elle porte sur la signification du mot ‘identidad’ (identité) et peut être corrélée à l’identité nationale colombienne. L’étude des questionnaires m’a permis de constituer 18 groupes de représentations. Elles sont organisées selon leurs fréquences (marquées entre parenthèses) :

Identité DC

1. personnalité (38) ; 2. personne (30) ; 3. culture (28) ; 4. idées (23) ; 5. valeurs (21) ; 6. famille (18), coutumes (18), prénom (18) ; 7. caractère (14), soi-même (14), unique (14), façon d’être (14) ; 8. pays (13), traits physiques (13) ; 9. nationalité (11), croyances (11), vie (11) ; 10. race (10), différence (10), manière de penser (10) ; 11. pensée (9), identification (9), éducation (9) ; 12. musique (8), histoire (8), sexe (8) ; 13. religion (7), âge (7), société (7), être humain (7), façon de s’exprimer (7) ; 14. caractéristique (6), études (6), morale (6), idéologie (6) ; 15. être (5), communication (5), données personnelles (5), connaître (5), s’identifier à (5), se faire connaître (5), se connaître (5), s’identifier (5), attitudes (5), façon d’agir (5) ; 16. carte d’identité (4), document d’identité (4), estime de soi (4), nation (4), politique (4), socialisation (4), entourage (4), identifie (4), qualités (4), image (soi/autres) (4) ; 17. personnelle (3), langue (3), responsabilité (3), originalité (3), se/me voir (3), être aimable (3), style (3), travail (3), football (3), confiance en soi (3), se différencier (3), définir (3), démontrer (3), quelque chose (3), mot (3), être identifié (3), connaître les autres (3), propre (3), provenance (3), être reconnu (3), origine (sociale) (3), habitat (social) (3), différent (3), goût (3), se présenter (3), distinguer (3), comportement (3), façon de vivre (3) ; 18. nourriture (2), ami (2), honnêteté (2), savoir (2) , permettre (2), propriété (2), traces (2), respect (2), valorisation (2) , intérieur (2), une copie (2), superficielle (2), émotion (émotionnelle) (2), monde (2), se sentir soi-même (2), raisons (fondements) (2), être spécial (2), défauts (2), façon de s’identifier (2), chose (2), se montrer (2).

Ces groupes donnent un aperçu des représentations prédominantes, celles qui ont une incidence plus forte sur le discours des élèves. Les représentations véhiculées par le discours indigéniste, la Constitution et le manuel scolaire ne font pas la majorité. Au contraire, leur incidence est très faible. L’influence d’un discours psychologisant est transparente.

Certaines formes mobilisées par les élèves, par associations dans le questionnaire, ont permis d’identifier leurs représentations sur l’identité nationale : culture, coutumes, carte d’identité, documents d’identité, provenance, pays, nationalité, langue, histoire, nation, race, football. Dans ce même questionnaire, j’ai demandé aux élèves de donner une définition de l’identité. Cette stratégie avait pour fonction de les inciter à expliciter leurs représentations afin d’obtenir un discours plus authentique. Cette stratégie a permis d’identifier les représentations ethnie, indigène, indien, aborigène.

La population questionnée appartient à ce que le DANE appelle la « société majoritaire colombienne ». C’est-à-dire que cette population ne se sent pas directement concernée par la formation d’une identité ethnique comme c’est le cas des populations amérindiennes. Cependant, le questionnaire montre que la sensibilisation au discours indigéniste est fonctionnelle. En fait, dans la section C du questionnaire, les élèves devaient associer, au moyen d’un formulaire avec des cases à cocher, 47 formes linguistiques à des fréquences : “nunca” (jamais), “raramente” (rarement), “algunas veces” (parfois), “a menudo” (souvent), “siempre” (toujours). Ces cinq adverbes construisent une échelle de fréquence. Ainsi, l’association d’une forme à un des cinq adverbes désigne la fréquence avec laquelle cette forme est associée à l’identité. Les quarante-sept formes linguistiques correspondent à des stéréotypes du mot ‘identidad’ relevés du manuel scolaire étudié. J’ai transformé cette échelle de fréquence en échelle de valeurs :

Le discours indigéniste est fonctionnel parce qu’il a quand même une incidence sur les représentations de certains élèves. Le plus surprenant c’est l’acceptation du mot indio’ (indien), car en Colombie il est corrélé au bagage lexical de la violence verbale. Il est considéré comme une insulte raciste. Qualifier quelqu’un de ‘indio’ alors qu’il n’appartient pas à la population amérindienne c’est un affront (acte ou parole dictés par la volonté d’humilier quelqu’un, de lui témoigner, en face et de préférence publiquement, son mépris). En effet, l’échelle de fréquence montre que cette représentation sur l’identité colombienne n’est plus refusée ou exclue. Elle est devenue possible :

Indio (indien) :

Jamaisnégatif fort Rarementnégatif faible Parfoisbivalent Souventpositif faible Toujourspositif fort
24 9 6 1 0

Tableau 7 : Échelle de fréquences associée aux valeurs modales.

Certes, la majorité d’élèves n’associe pas ce mot à l’identité, mais il y en a quand même 16 (9+6+1) qui pensent que cette représentation est possible. Ils sont 40 à avoir signalé une fréquence pour cette représentation. En effet, deux élèves n’ont pas coché de case et un autre en a coché deux pour une même option, ce qui annule son choix. Seule 1 personne associe le mot ‘indio’ à l’identité de manière positive. 6 personnes lui donnent une visée argumentative bivalente et 9 personnes acceptent cette représentation comme faisant partie de l’identité colombienne. Pour 24 élèves, cette représentation est exclue.

La fréquence d’association d’un mot à l’identité dépend de sa visée argumentative. Dans le contexte socio-culturel colombien, le mot ‘indio’ peut signifier entre autres choses « personne non civilisée » donc « sauvage ». Cela pourrait expliquer pourquoi c’est le seul mot qui a une fréquence 0 dans la valeur .

En outre, en comparant les fréquences des représentations cochées plus de 20 fois, on obtient que la fréquence contient les taux de fréquences les plus élevées concernant les mots aborigène (22 fois), indigène (21 fois) et indien (24 fois). Ces taux contrastent avec les fréquences les plus élevées de la valeur constituées par les mots prénom (23 fois), personnalité (26 fois) et valeurs (20 fois).

Le mot diversité dans la liste des 47 mots avait pour fonction de vérifier la notion de « nation plurielle » qui est véhiculée dans la Constitution et le système éducatif afin de reconstruire l’identité nationale. Selon les chiffres observés, 16 élèves considèrent que la notion de diversité n’est pas pertinente pour parler d’identité , 19 pensent que cela est possible et seulement 4 associent l’idée de diversité à l’identité .

L’analyse de l’ensemble du questionnaire a montré que le mot personnalité a la fréquence d’usage la plus élevée. Il a été mobilisé 64 fois. Et il a obtenu le taux d’occurrences le plus élevé concernant la valeur (26 fois). En effet, quand il s’agit d’identité, les élèves pensent d’abord et, presque, exclusivement à leur identité personnelle individuelle plutôt que plurielle. En réalité, le lien entre l’identité individuelle et l’identité collective est établi par les représentations de la culture personnelle et la reconnaissance d’une culture nationale.

Conclusion

Les représentations individuelles et collectives des acteurs sociaux se construisent en tant que phénomènes discursifs. L’étude de la production discursive des acteurs sociaux a permis d’identifier les formes linguistiques qu’ils mobilisent, les valeurs que ces formes convoquent et les représentations qu’elles construisent par rapport à l’identité nationale. Dans la structure interne de la Constitution, les formes linguistiques ‘indígena’ (indigène), ‘negras’ (noires), ‘raizales’ (créoles), constituent un objet matériel et concret permettant, selon le projet constitutionnel en matière d’identité nationale, la reconnaissance des communautés différentes de la « société majoritaire ». La prédominance du mot ‘indígena’ (indigène) face aux deux autres mots (19 occurrences face à 1 occurrence du mot ‘noires’ et 1 occurrence du mot ‘raizales’) laisse conclure – en tenant compte de l’information que nous avons obtenue à propos des agents qui ont participé à l’ANC – que la préoccupation pour la reconnaissance des groupes ethniques, dans la Constitution, est née du discours indigéniste non assimilationniste (l’indianisme). Celui-ci est le résultat du processus évolutif de la construction des représentations discursives sur l’identité de l’indien d’Amérique du Sud. Les représentations de ce que la Constitution appelle ‘comunidades étnicas’ (communautés ethniques) ont été donc corrélées, au début, aux communautés indigènes. Actuellement, quand on parle de groupes ethniques, on comprend les quatre groupes reconnus officiellement comme tels. Le Département administratif national de statistique (DANE) de Colombie, qui a pour tâche le recensement de la population colombienne, décrit celle-ci comme « pluriethnique » conformément à la Constitution de 1991. Cependant, les objets des représentations véhiculées par le stéréotype identitaire ‘grupos étnicos’ (groupes ethniques) dans la structure interne du texte de la Constitution ne sont pas transparents. En effet, le mot « pluriethnique » n’apparaît pas dans la Constitution ni le mot « multicultural » (multiculturel) ou « multiculturalidad » (multiculturalité). Par contre, on y trouve 1 fois le mot ‘pluralista’ (pluraliste) : « La Colombie est un État Social de Droit, organisé sous forme de République unitaire, décentralisée, avec autonomie de ses entités territoriales, démocratique, participative et pluraliste, […] » (article 1). C’est la seule occurrence que j’ai trouvée faisant référence à la diversité du pays. La représentation « pluriethnique » est construite à partir de l’association ‘identité nationale donc identité culturelle’ qui active plusieurs valeurs modales (figure 2). Ces valeurs ont été déontologisées et construisent l’identité pluraliste à partir de ce qui peut être considéré comme ‘étnico’ (ethnique) : [ethnique DC communautés, DC groupes DC indigènes, noires (palenqueros, raizales), roms ou gitanes]. Le mot ‘étnico’ (ethnique) apparaît 8 fois dans la Constitution (articles 7, 10, 63, 68, 72, 108, 176). Dans l’article 72, on désigne l’objet ‘patrimonio arqueológico’ (patrimoine archéologique) comme étant une classe d’objets constituant l’identité nationale. Ici, le patrimoine archéologique est classé dans la catégorie ‘bien cultural’ (bien culturel). Ce sont donc des biens culturels qui composent l’identité nationale colombienne. Deux autres aspects de l’identité nationale sont signalés dans cet article. D’une part, la Constitution proclame que ces biens culturels appartiennent à la nation : ‘pertenecen a la Nación’. Ce qui est conforme à l’expression <identité nationale> ≈ . D’autre part, ces objets sont déclarés ‘inalienables’ (inaliénables), ‘inembargables’ (insaisissables), ‘imprescriptibles’ (imprescriptibles). Ces qualifiants reconnaissent aux biens culturels de la nation des valeurs <économiques> (des qualités économiques). Le mot ‘bien’ convoque d’autres valeurs positives ou estimables : <pragmatique>, <esthétique>, <intellectuelle>, <morale>, <économique>, <affective>). En outre, l’analyse du manuel scolaire visait à construire un lien entre les discours constituants juridique et pédagogique et les questionnaires. J’ai constaté dans le manuel la présence d’un discours raciste qui cohabite avec un discours démocratique. Cette cohabitation se produit dans l’unité du manuel qui est dédiée à l’explication du « système politique colombien », dans laquelle il est question des « relations éthico-politiques ». J’ai expliqué comment ce phénomène était discursivement possible. Je n’ai pas trouvé de traces d’intertextualité, dans le manuel, concernant le discours raciste. Par contre, le discours démocratique renvoie clairement au texte de la Constitution Colombienne de 1991. Cet événement témoigne du lien entre le projet de reconstruction de l’identité nationale et le système de l’éducation colombienne. Le contraste des valeurs véhiculées par la Charte politique avec le discours raciste du manuel indique qu’il existe, très probablement, une intrication entre deux systèmes de valeurs antinomiques dans la société colombienne qui structure les représentations de l’identité nationale. On remarquera que le discours indigéniste, présent dans la Constitution et véhiculé dans le système éducatif colombien, a fait évoluer les représentations des élèves concernant l’identité nationale. Cependant, l’évolution de ces représentations, perçues, construites et orientées par le contenu modal linguistique du discours est un processus lent. Il nécessite un temps indéterminé pour pouvoir reconstruire l’identité de la nation en termes de pluralité ethnique et culturelle. Une étude comparative entre la Constitution de 1886 et celle de 1991 peut rendre compte de la tension qui existe entre les deux systèmes de valeurs identitaires nationaux. Les deux chartes constitutionnelles contiennent des traces discursives qui témoignent d’un phénomène d’incidence interdiscursive antinomique. Ce phénomène est lié à la construction de représentations ontologiques de la société colombienne et à leur acquisition au moyen des institutions éducatives.

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NOTES

[1]

  • La sémantique étudie la signification linguistique. L’approche historique rend compte de l’évolution de la signification du mot. Dans le cadre de la SPA, l’ALD est définie comme « l’analyse des mécanismes sémantico-discursifs et pragmatico-discursifs de construction du sens. » (Galatanu 2009 : 50) et l’analyse du discours (AD) est appréhendée comme « l’étude d’une pratique langagière de construction de soi et du monde ». La SPA met en relation l’ALD et l’AD avec la sémantique lexicale (appréhendée comme un modèle de description de la signification lexicale, permettant de rendre compte de l’ancrage dénotatif et du potentiel argumentatif et axiologique) et avec la sémantique textuelle (appréhendée comme un modèle de description des traces, dans le texte, des mécanismes discursifs de construction du sens) (Galatanu 2009 : 51). Cette mise en relation a pour but de rendre compte de la signification lexicale des mots, de leur potentiel à la fois argumentatif et axiologique. Les mécanismes pragmatico-discursifs sont des déploiements discursifs dépendants du contexte de production des énoncés et les mécanismes sémantico-discursifs sont des déploiements discursifs dépendants de l’environnement sémantique porté par le texte (Galatanu 2009 : 52). L’ALD prend en charge aussi l’étude du phénomène de modalisation « formes modales (choix de marques, de formes linguistiques) mobilisées et de valeurs convoquées (par ces choix linguistiques) » (Galatanu 1999 : 44). Dans cette démarche d’analyse, le discours est perçu en tant qu’activité langagière, conformément à l’objet de la « pragmatique linguistique intégrée » qui se propose d’étudier « le processus de production-interprétation du sens, de sémiotisation du monde par le discours (entendu comme activité langagière), à partir des traces qu’une ou plusieurs occurrence(s) discursive(s) laisse(nt) dans le(s) texte(s) produit(s) ; et les éléments de la langue qui témoignent de sa vocation discursive. » (Galatanu 1997 : 15-16).

[2]

  • L’incidence interdiscursive est envisagée en tant que traçabilité du sens discursif dans une perspective holiste, comprise comme associative. Traçabilité discursive des représentations identitaires véhiculées par des unités linguistiques (mots et textes). C’est sont les traces discursives et argumentatives de ces représentations identitaires déployées (effectivement réalisées) dans différents contextes sémantiques qui construisent le sens de manière holiste, c’est-à-dire que si l’on contextualise le discours par rapport à la « clôture du texte », le sens en discours quant à lui ne se limite pas à cette clôture. Le sens des représentations linguistiques produites dans une activité langagière a une incidence sur d’autres activités langagières qui ne se limite pas à un type de discours ou à un genre de texte. La circulation du sens discursif n’a pas de frontières. L’interdiscursivité peut donc être associée à la circulation du sens d’un genre de discours (dans notre cas : identitaire) dans différentes activités langagières. L’interdiscursivité ainsi envisagée peut être abordée en tant qu’incidence discursive holiste du sens des représentations étudiées.

[3]

  • « […] sont constituants essentiellement les discours religieux, scientifique, philosophique, littéraire, juridique. Le discours politique nous semble opérer sur un plan différent, construisant des configurations mouvantes à la confluence des discours constituants, sur lesquels il s’appuie, et les multiples strates de topoi d’une collectivité. » (Maingueneau et Cossutta 1995 : 113).

[4]

  • Toutes les traductions des auteurs hispanophones cités ont été faites par moi.

[5]

  • ARTICLE 47. GAZETTE DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE. Toutes les décisions judiciaires proférées par la Cour constitutionnelle seront publiées dans la “Gazette de la Cour constitutionnelle”, laquelle devra être publiée mensuellement par l’Imprimerie nationale. Un exemplaire de la Gazette sera distribué à chacun des membres du Congrès de la République [l’organe législatif : Sénat et Chambre des représentants] et à tous les services judiciaires du pays. La Cour constitutionnelle disposera d’un système de consultation systématisée de la jurisprudence, à laquelle toute personne aura un accès. (« Jurisdicción constitucional », dans Ley 270 de 1996 Estatutaria de la Administración de Justicia, (capítulo IV, artículos 43 a 49), Disponible sur : http://www.acnur.org/t3/fileadmin/ scripts/doc.php ?file=t3/fileadmin/Documentos/BDL/2008/6553). Ma traduction.

[6]

  • Forces Armées Révolutionnaires de Colombie.

[7]

  • Armée de Libération Nationale.

[8]

  • Departamento Administrativo Nacional de Estadística. Ce département est l’équivalent en France de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).

[9]

  • La population colombienne est divisée traditionnellement en trois groupes : amérindiens (natifs, depuis 25.000 ans), espagnols et européens (colons, XVIe siècle au XIXe siècle), africains (esclaves noirs, à partir du XVIIe siècle). Ces groupes ont généré plusieurs groupes ethniques : métis (indigène-blanc), mulâtre (noir-blanc), zambo (indigène-noir). C’est sur la base des cultures amérindiennes colombiennes que se forme l’identité actuelle du colombien. Les colombiens amérindiens constituent aujourd’hui 1,5 % de la population [selon le recensement du DANE de 2005, ils constituent un 3,43% de la population]. Ce chiffre comprend ceux qui ne se sont pas intégrés aux processus de métissage du pays. Le métis est le premier type de métissage qui apparaît et il devient le groupe majoritaire. (Colombia aprende : la red del conocimiento, « Mestizaje en Colombia ». [En ligne], 10 paragr. Disponible sur : http:// www.colombiaaprende.edu.co/h….

[10]

  • Le décret du 24 septembre de 1810 a proclamé que les indiens étaient égaux au reste des citoyens. Cependant, en 1890, la loi 89 du 25 novembre a décrété qu’il fallait donner un traitement spécial « au gouvernement des sauvages qui se sont réduits à la vie civilisée ». Cette loi était inscrite dans le contexte de la Constitution de 1886 qui avait des traits autoritaires, centralistes et catholiques. Elle instaurait l’hégémonie conservatrice. On s’est tourné vers le modèle colonial : l’église et les missions catholiques avaient pour tâche d’intégrer les indiens à la nation. Les indigènes « réduits » à la vie civile étaient appelés « sauvages » ou « semi-sauvages » (Almario 2005 : 816).

[11]

  • « Les “raizales” sont une communauté ethnique parce qu’ils ont leur propre langue et culture développées à partir de leurs origines africaines, européennes et caribéennes. Leurs origines culturelles afro-anglo-antillaises se manifestent en une forte identité culturelle qui se différencie du reste de la population colombienne. Les “raizales” possèdent leur propre langue, le “Criole”. Ils représentent entre le 30 et 35% du total des 80.000 habitants de l’Archipel. La langue “raizal” est l’un des dialectes caribéens de l’anglais, lesquels ont beaucoup d’africanismes. (Universidad del Rosario, « Comunidad raizal ». [En ligne], 5 paragr. Disponible sur : http://www.urosario.edu.co/jurispru….

[12]

  • C’est moi qui propose de traduire « raizal » par « créole ».

[13]

  • Je n’ai pas traduit le mot espagnol ‘nativo’ par le mot français natif. Dans ce contexte sémantique, le mot autochtone permet de mieux comprendre, en français, les représentations et les valeurs convoquées par le mot ‘nativo’. La définition que je présente dans le tableau 5 est une traduction du mot espagnol ‘nativo’.

[14]

  • Voir Patiño 2005.

[15]

  • « Dans l’antinomie mathématique, une proposition est l’opposé quantitatif de l’autre, mais elles ont la même condition et sont, par suite, toutes les deux fausses. Dans les propositions dynamiques, l’une est l’opposé qualitatif de l’autre, mais la condition est différente, par suite, les deux propositions peuvent être vraies. » (Kant 1780 : 151, M39’).

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