ARTELOGIE IX
(JUIN 2016)
SOMMAIRE

Artelogie > Numéro 9 > Horizons et perspectives de la culture en Colombie (1990-2015)

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Horizons et perspectives de la culture en Colombie (1990-2015)

Angélica Montes Montoya, Fabio Rodríguez Amaya, Jeffrey Cedeño, María Ignacia Schulz et Edgard Vidal

Angélica Montes Montoya (Responsable del GRECOL (Grupo de reflexiones y estudios sobre Colombia), profesora de la Universidad Paris 13 UFR DSPS), Fabio Rodríguez Amaya (Director del Departamento LLCS Università degli Studi di Bergamo), Jeffrey Cedeño (Profesor del Departamento de literatura de la Universidad Pontificia Javeriana), María Ignacia Schulz (Revista Alba lateinamerika lesen) et Edgard Vidal (CNRS-EHESS)

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Angélica Montes Montoya (Responsable del GRECOL (Grupo de reflexiones y estudios sobre Colombia), profesora de la Universidad Paris 13 UFR DSPS), Fabio Rodríguez Amaya (Director del Departamento LLCS Università degli Studi di Bergamo), Jeffrey Cedeño (Profesor del Departamento de literatura de la Universidad Pontificia Javeriana), María Ignacia Schulz (Revista Alba lateinamerika lesen) et Edgard Vidal (CNRS-EHESS)

Dans ce numéro de Artelogie consacré à la Colombie, nous avons voulu proposer un champ de réflexions sur le thème de la culture en Colombie aujourd’hui, dans une perspective disciplinaire ouverte sur la transversalité. Ainsi, les articles proposés dans ce numéro spécial essaient de penser, un quart de siècle après la création de la constitution de 1991, les processus de la redécouverte et l’appropriation de la diversité ethnique et culturelle dans ce pays. Comment s’installe le processus de patrimonialisation des manifestations folkloriques locales et régionales ? Quelles sont les dynamiques institutionnelles qui simplifient les processus de promotion de la diversité culturelle ?


Pour citer l'article:

Angélica Montes Montoya, Fabio Rodríguez Amaya, Jeffrey Cedeño, María Ignacia Schulz et Edgard Vidal - « Horizons et perspectives de la culture en Colombie (1990-2015) », in Artelogie, n° 9, Juin 2016.

URL: http://cral.in2p3.fr/artelogie/spip.php?article442

Nos remerciements par la lecture de ce numéro à : Bonilla Gloria, Bechelany Camila, Buenahora Giobanna , Frerot Christine, Grandclaudon Colette, David Gaby , Gil Olivera Numas Armando, Moco Silva Miklos Aline, Moreno Francia Jenny, Souyris Lorena, Utria Rosiris, Villarroel Esteban.

Vue d’ensemble

Dans le cadre des modifications constitutionnelles de 1991, la Colombie entreprend une transformation politique et juridique de l’état-nation en reconnaissant le caractère multiethnique et multireligieux du pays.

Ces modifications ont marqué la manière dont les Colombiens eux-mêmes et leur(s) propre(s) culture s’entrevoient. Au début du XXIeme siècle, ils commencent alors ce que nous pourrions appeler une patrimonialisation des pratiques symboliques et culturelles des Andes, des régions côtières des Caraïbes et du Pacifique. Cette situation illustre, dans ce pays d’Amérique latine, un nouveau dialogue avec sa propre histoire, ses pratiques artistiques et ses traditions folkloriques locales qui sont progressivement considérées comme des éléments importants de la réflexion. Cette dernière porte non seulement sur l’état de la nation, mais aussi à l’intérieur du processus de réconciliation politique en Colombie depuis le début des négociations pour la paix (2012) avancé par le gouvernement colombien avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) à La Havane (Cuba) et qui ont abouti à la signature, le 23 juin 2016, de l’accord historique entre les parties pour mettre un terme au conflit interne qui subissait ce pays depuis plus de 50 ans.

Dans ce numéro de Artelogie consacré à la Colombie, nous avons voulu proposer un champ de réflexions sur le thème de la culture en Colombie aujourd’hui, dans une perspective disciplinaire ouverte sur la transversalité. Ainsi, les articles proposés dans ce numéro spécial essaient de penser, un quart de siècle après la création de la constitution de 1991, les processus de la redécouverte et l’appropriation de la diversité ethnique et culturelle dans ce pays. Comment s’installe le processus de patrimonialisation des manifestations folkloriques locales et régionales ? Quelles sont les dynamiques institutionnelles qui simplifient les processus de promotion de la diversité culturelle ?

Compte tenu de la reconnaissance politique de la diversité culturelle et de ses expressions peut-on parler d’une culture colombienne “unique” ? En d’autres termes, à partir de l’émergence des phénomènes liés à la diversité (CP 1991), la question sur l’existence ou non d’éléments unifiant la culture colombienne se pose ? D’ailleurs, quels sont les fonctionnements propres à l’élaboration d’un point nodal de la diversité des expressions artistiques ? Enfin, dans quelle mesure peut-on parler de la diversité ou de la cohésion culturelle pour qualifier la culture colombienne ?

Ces questions sont abordées directement ou indirectement à travers les textes qui composent nos numéros. Dans « Identité culturelle et mémoire en Colombie contemporaine », Obed Frausto, Nayar López Castellanos et Matthew Lorenzen Martiny font face aux défis du multiculturalisme et de la diversité culturelle dans le contexte latino-américain à partir d’un point de vue philosophique mais en s’appuyant sur les sciences sociales. En se fondant sur le cas de la Colombie, ils présentent d’une part, un aperçu général des transformations d’un pays de la région dans la constitutionnalisation des us et des coutumes des communautés ethniques et d’autre part, ils établissent, pour ce faire, la relation intrinsèque entre les concepts de diversité culturelle et de mémoire. En effet, dans le processus de reconnaissance de l’identité culturelle collective résultent d’importants travaux de reconstruction de la mémoire historique des populations qui ont été invisibles pendant des siècles comme c’est le cas des communautés autochtones et noires de Colombie. Pour Fausto, Lopez Castellanos et Martiny, la Constitution de 1991 ressort d’une tentative claire de créer un pont entre la mémoire historique et la diversité culturelle. Grâce au cadre juridique du changement constitutionnel et à la loi 70 de 1993 (loi dite de « communautés noires »), il a été possible de démontrer l’invisibilité des populations autochtones (2% de la population) et en particulier de la population noire (20% de la population). Ainsi, bien qu’il y ait eu des progrès dans la reconnaissance des droits, il persiste encore une forte tension entre la tradition des droits individuels et des droits collectifs en Colombie, notamment en raison de la continuité des politiques d’état de type néolibéral en matière de gestion des politiques rurales, en tension permanente avec les droits à la propriété collective des terres des minorités ethniques.

En ce sens, les articles de Juan Pablo Prieto et Leguis A. Gómez approfondissent l’explication des processus de construction et de reconstruction des identités autochtones et noires en Colombie à partir de la Constitution de 1991. Dans ces articles intitulés « Construction discursive de l’identité nationale de la Colombie » et « La classe, l’ethnicité et la région : la Novogranadino des Caraïbes et le regard de l’Autre. 1750-1830 », Prieto et Gómez, respectivement, concentrent leur intérêt dans la façon dont l’Autre s’élabore discursivement. En effet, Pietro fournit une analyse du discours utilisé par les institutions colombiennes afin d’élaborer le changement de constitution (1991) et il étudie la manière dont cette influence prédispose les textes des manuels d’enseignement fournis aux écoles, aux centres d’enseignement secondaires et supérieurs de la Colombie. Gomez, de son côté, présente une analyse du discours dans une perspective historique des textes et des chroniques des voyageurs comme Alexander Von Humboldt, le botaniste José Celestino Mutis ou encore l’« homme de science » José Caldas. L’auteur analyse la manière dont ces documents étaient importants dans la création de l’Autre (l’habitant non blanc de la côte océanique) et pour la construction de l’histoire de cette région de la Colombie marquée par le déterminisme climatique ; le Caraïbe Novogranadino associé à une zone inhospitalière et habitée par « des gens de la classe inférieure », des populations qui « regroupaient une partie des personnes qui ne correspondait pas à la division sociale établie par la république des indiens et la république des blancs ». C’est-à-dire les populations noires, sambas et mulâtre. Ce qui était devenu -ajoute Gomez - « un véritable casse-tête pour les autorités coloniales ».

Carlos Fajardo Fajardo montre aussi que depuis l’instauration de la Régénération - mouvement d’idéologie hispano-catholique conservatrice de la fin du XIXeme siècle - la Colombie n’a pas encore dépassé la tradition prémoderne . Cette période se caractérise par une défense intransigeante des traditions, de la morale catholique et des institutions du trésor publique, en se constituant en un État presque confessionnel, malgré l’ouverture qui constitue sans doute, la Constitution de 1991. 

Celia Martinez Saez  introduit, quant à elle, la notion de nécropolitique pour signifier comment le corps subit une réappropriation et fait face à une plasticité exigée par le capitalisme mondialisé. Ainsi, l’auteur explore à travers la littérature et le cinéma colombiens, la manière dont les sociétés contemporaines soumettent les corps féminins à une sorte de reconnexion et re-signification. Sáez Martínez offre au lecteur une interprétation de ce phénomène à travers l’analyse du film « Maria pleine de grâce » (Joshua Marston, 2004) et le roman « Sans seins, pas de paradis » (Gustavo Bolívar, 2005). Dans ces deux œuvres, leurs protagonistes, Marie et Catherine, vivent leurs corps par la désacralisation du même pour le faire devenir une marchandise. Martinez nous confronte à la réalité des corps dont la santé physique et mentale est subjuguée par la création de la richesse, de l’accumulation du luxe et de la puissance. 

Adriana Mejía Peña, Paul Bernard-NOURAUD et Monica Gontovnik abordent la question culturelle en Colombie à travers la photographie, la peinture et la musique. Dans son article « Negra menta : Por un reconocimiento a la mujer afrocolombiana », Mejía Peña essaie de saisir, à travers le travail photographique Negra menta de l’artiste Liliana Angulo Castro (fait en 2000 et composé de 18 photographies en couleurs), le rôle décisif de la Constitution de 1991 - laquelle a officiellement reconnu la particularité ethnoraciale - dans la perception et le traitement que l’artiste développe dans son travail. Cette dernière propose, à travers Negra menta, ce que Mejía Peña appelle la décolonisation des codes et des clichés qui ont traversé l’art de la photographie en Colombie.

Bernard-Nouraud dans « Figures disparues, figures de la disparition dans les œuvres de Luis Caballero et d’Oscar Muñoz », développe ce qu’il appelle « les processus de figuration des disparus dans l’art contemporain colombien du tournant des années 1990 jusqu’à aujourd’hui ». Si le travail pictural de l’artiste Luis Caballero (1943-1995) met l’accent sur un corps qui est généralement de sexe masculin et sans visage, celui de Oscar Muñoz capture, au contraire, par la photographie, des visages sans corps. Dans la production de ces deux artistes colombiens, le phénomène social et politique des « disparus » est représenté. Les deux artistes appréhendent le monde de la violence à travers le travail de la représentation du corps dans lequel les couleurs noires et blanches font figure de symbole articulant avec souplesse la représentation de la violence frappant la société colombienne.

Enfin, Monica Gontovnik présente dans « Choc Quib Town and the performance of Afro Colombian identity » le processus par lequel le groupe hip-hop Choc Quib incarne le désir de réalisation d’une identité afro-colombienne située sur la côte du Pacifique. Les paroles et les rythmes du groupe reflètent les iniquités de la région du Pacifique colombien, département de Chocó, où une partie importante de la population noire est soumise à la discrimination raciale et à l’exclusion historique. Gotonvnik montre l’émergence d’une nouvelle génération de musiciens à travers des rythmes mondialisés tels que le hip-hop.

Ce numéro spécial consacré à la Colombie se termine par la présentation de l’entrevue avec l’auteur romancier Juan José Montoya (Prix Rómulo Gallego, 2015) et une section de notes et de réflexions composées de deux textes de Ivan Jimenez et Arundhati Bhattacharya :

Ivan Jimenez dans les « Notes sur la danse contemporaine en Colombie » donne une vue d’ensemble de la scène de la danse contemporaine colombienne. Plus précisément, Jimenez fournit un équilibre entre des pratiques gestuelles et chorégraphiques des formes de danse contemporaine au cours des dix dernières années.

Arundhati Bhattacharya en « Colombie : à travers les miroirs de l’Inde » présente un rapport sur la façon dont la Colombie est perçue en Inde comme le pays du football et le trafic de drogue. Malgré les changements vécus par la Colombie dans la dernière décennie, ce pays continue d’être associé à l’histoire de la mort et au trafic de drogue.

L’ensemble des articles, des notes et des réflexions qui composent le numéro Horizontes et perspective de la culture en Colombie (1991-2015), établissent une première approche de la diversité culturelle, ethnique, raciale et artistique en Colombie. Les documents présentés prennent comme point de départ le changement constitutionnel de 1991, l’année à partir de laquelle ce pays assiste à la constitutionnalisation de son multiculturalisme. Ce changement génère forcément de la part des artistes, des chercheurs et du public un processus nécessaire et généralisé d’introspection qui perdure encore de nos jours. Ces processus expliquent peut-être la raison pour laquelle les textes choisis incluent des questions sur la paix, la mémoire, les peuples amérindiens et afrodescendants. La réflexion sur les arts (photographie, peinture, cinéma, littérature, danse, cinéma) en tant que médiateurs de ce processus d’autodécouverte et de reconstruction d’une société connue comme porteuse d’une ancienne richesse, met en exergue la volonté de s’appuyer sur ces bases sociétales pour fonder à la fois le présent et l’avenir de la Colombie.

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